Etre bienveillante dans un monde qui ne l’est pas.

L’engouement pour l’éducation bienveillante est révélateur que le modèle traditionnel ne nous suffit plus. Pourtant, on a beau accroché au concept en théorie, la dure réalité nous rattrape souvent…

Photo sur Unplash

Nous,  parents, et aussi enseignants et éducateurs recherchons tous autre chose. Même si on nous rabâche qu’ “une bonne fessée n’a jamais tué personne” (en fait si, mais ce n’est pas le sujet), ce n’est vraiment de ça dont on a envie pour nos enfants. 

Je suis à fond pour une éducation respecteuse de l’enfant, de son rythme et de ses capacités. Evidemment, je souhaite que mes enfants grandissent en confiance et sans peur de l’échec, qu’elles soient respectueuses d’elles-mêmes et de l’autre, humain ou non, qu’elles soient résilientes et positives.

Et franchement, qui ne le voudrait pas?! 

Nous sommes des milliers à tenter de mettre en place de nouvelles manières de faire, plus conscientes, plus respectueuses, plus bienveillantes. On tente. Et on tente encore. On vit une véritable lune de miel avec Filliozat. Guéguen. Faber et Mazlish. Markham. Oui, toutes à la fois (hohoho). Elles sont là, fidèles compagnes de nos (tables de) nuit. On leur donne passionnément notre temps et nos espoirs.

Et puis, passent quelques semaines, quelques mois et on sent une nouvelle sensation apparaître. Une sensation pas tout à fait identifiée dont on ne parle pas trop. Un peu par honte, un peu par peur, un peu parce qu’on veut continuer à y croire.

Cette sensation qui nous chuchote que ça non plus, ça ne sera pas suffisant. Pas suffisant à les protéger face à l’adversité d’une société profondémment dysfonctionnelle et malade. Pas suffisant à changer réellement les choses. Pas suffisant pour apporter tout ce que l’on croit que l’on devrait apporter à nos enfants. Pas suffisant pour qu’on se sente complétement apaisée et tranquille dans un quotidien loin de l’être. 

Oui,  tout parent normalement constitué donc parfaitement imparfait se rend rapidement compte qu’en dépit de toute sa bonne volonté, les préceptes de l’éducation bienveillante sont tout bonnement impossibles à tenir sur le long terme.  


Parce que tu n’as pas fait d’atelier présentiel? Non. 
Parce que tu n’y mets pas assez du tien? Non.
Parce que tes parents à toi ont vraiment merdé trente ans en arrière? Non. 
Parce que tu as un modèle de descendant option relou incluse? Non (Mais, ça n’aide pas. Je sais ce que c’est. Je compatis.).
Parce que personne autour de toi ne comprend ta démarche? Non, même si un peu oui. 


Alors, mais qu’est-ce que ça peut bien être?!? … Passons en revue ce que je dois faire pour faire partie du club des parents bienveillants: 

  • Au lieu de parler, je devrais poser des questions et E-COU-TER attentivement et sans interruption.  
  • Je devrais prendre le temps de réfléchir sur mes objectifs en matière d’éducation. 
  • Je devrais rire et dédramatiser dans presque toutes les circonstances, ou au moins, connecter avec mon enfant alors que je connecte plus facilement avec mon wifi.
  • Je  devrais rester concentrée sur mes objectifs à long-terme et avoir une vision d’ensemble.
  • Je  devrais prendre en compte l’âge de mon enfant, ses capacités et son niveau de maturité émotionnelle.
  • Je  devrais agir mais éviter de réagir.
  • Je  devrais éviter de (me) mettre la pression en matière de temps ou de résultats.
  • C’est moi l’adulte, je devrais montrer l’exemple en toutes circonstances. 
  • RESPECT.
  • Je  devrais être flexible mais pas laxiste. 
  • Je  devrais mettre la qualité de mes relations avant tout autre chose. 
  • Je  devrais utiliser le NON avec parcimonie. 
  • Je  devrais prendre soin de moi et faire un travail d’introspection quand j’ai dérapé. 
  • … 

Loin de me sentir découragée par l’ampleur de la tâche, hophophop, allons-y et bienveillons gaiement mon amie.
En plus, ça me plaît car j’aime bien donner tort à ma grand-mère. “Elle est pas mal élevée Mamie, elle se sent juste en sécurité avec moi pour exprimer ses BE-SOINS-ZEMOTIONNELS. CA (VA) MARCHE(R), laisse-lui du temps!”. Et aussi parce que je préfère rire que pleurer. Même si les deux en même temps, c’est bon aussi.

Mais, la vérité c’est que… Je finis épuisée, mes gosses sont toujours aussi adorablement chiantes, je leur crie dessus bien trop souvent à notre goût à tous et je CULPABILISE.

Merde, mais qu’est-ce qui c’est passé? Pourtant, j’avais bien tout fait, j’ai lu des bouquins, expliqué à grand coup d’exemples les vertus de l’éducation bienveillantes à qui voulait bien l’entendre (pas grand monde) et bingewatché des videos sur Youtube le soir à 00h37 qui me rappelaient l’importance de bien dormir pour donner le meilleur de soi-même à ses enfants. 


Après avoir marché seule un bon moment, je me suis rendue compte qu’on était nombreuses face à cette sensation. Dans des séances de coaching que j’organise, dans des groupes de paroles que j’anime. C’est un constat général. Et il faut vraiment libérer la parole là-dessus parce que c’est culpabilisant et contre-productif. 


Et si tout ne reposait pas sur NOS épaules de parents après tout? 


Est-ce qu’en tant qu’adulte, je suis moi-même dans un environnement bienveillant? Il est où le village dont on a tant besoin pour élever des enfants? Les conditions de vie actuelles sont-elles propices à la mise en place d’un cadre respectueux pour les enfants… ET les parents? 


Si je relis la liste ci-dessus en remplaçant le je devrais par la société devrait, j’ai l’impression qu’elle est encore plus nulle que moi la société en bienveillance.


Alors, loin de moi l’objectif de faire de nous des pantins soumis aux injonctions de la société. La société, c’est nous, on est bien d’accord. On a du boulot pour faire changer les choses, on est bien d’accord. Nous sommes les adultes et nous avons le devoir de montrer l’exemple en évitant la violence, on est bien d’accord. 


Mais bon. En prenant quelques uns des points précédents, on se rend bien compte que même si on essaie de faire autrement avec nos enfants, nous sommes nous-mêmes soumis à des forces extérieures qui nous mettent de sacrés troncs dans les roues. (Si t’aimes les statistiques, tu n’as que l’embarras du choix pour voir à quel point les voyants sont dans le rouge: état de la planète, stress, montée du burn-out/brown-out/bore-out, dépression et anxiété, et un long etc… ).

  • Parce que pour avoir la possibilité de réflechir et de mettre tout ça en perspective, il faut avoir des moments d’introspection et de SILENCE. Autant dire que c’est rare dans la société dans laquelle on vit. En plus, je sais pas pour toi, mais pour moi, le silence depuis que je suis mère, c’est plutôt mauvais signe. 
  • Pour que mettre la priorité sur la qualité des relations familiales soit une priorité, il faut pouvoir compter sur une sécurité financière importante qui permette de faire ce choix. C’est rarement le cas. 
  • Pour ne pas mettre la pression, il ne faut pas être soi-même sous pression. Que ce soit le travail ou le fait de ne pas en avoir, les pressions financières, les relations de couple, ou la recherche de la perfection, il y a toujours quelque chose dans notre vie qui nous tracasse et nous pollue l’esprit. L’idéal serait d’éliminer cette pollution. Oui, mais on ne vit pas dans un monde idéal.
  • Se concentrer sur les objectifs à long terme, ça veut dire ne pas être submergé de colère, de frustration et d’incompréhension face aux crises répétées et bruyantes de notre progéniture qui tente de donner un sens au monde autour d’eux (SPOILER ALERT qu’on peut leur faire: Aucun sens). Oui, c’est nous l’adulte et nous devons donc montrer l’exemple, nous contrôler et garder notre calme. J’ai du mal quand c’est la 3ème tempête émotionnelle de la journée. Pour une banane pelée pas correctement. Et que MOI AUSSI, j’ai du mal à donner un sens à tout ça. 
  • Pour agir sans sur-réagir, on a tous besoin de bien dormir. Juste ce qu’il faut. Pour la plupart des parents, juste ce qu’il faut est un rêve. 
  • Simplement, pour pouvoir prendre le temps d’expliquer et de faire preuve d’empathie avec nos enfants, il faudrait vivre au pays des Bisounours dans une société qui mesure pas la valeur des gens à leur seule “productivité” économique. 

Et il nous reste à ajouter l’ingrédient magique à ce combo sympa: l’injonction du sacrifice maternel et nous dire en même temps qu’on est libres.

En théorie, on se repète qu’on est super libres et émancipées, on fait ce qu’on veut avec nos cheveux, nos utérus, notre temps et tout et tout. Mais en fait, on passe notre temps à culpabiliser pour des choses tout à fait normales et saines. Des choses que personne ne penserait à remettre en cause si l’on était pas mère… Faire du sport, avoir une passion, sortir avec ses amis, s’assoir pour prendre ce pu***n de thé (déjà froid) et pas courir dans tous les sens pendant que les autres mangent leurs Chocopops, TRANQUILLES.
Il est donc grand temps de remettre les pendules à l’heure. Oui, nos enfants méritent toute la bienveillance du monde. Et nous avec. Non mais. 

Alors, on fait quoi? Comment? L’amour avant tout. L’amour pour ses enfants. Sans aucun doute. Pour les autres. Ok (en général). Mais d’abord, l’amour pour soi. Parce que quand on s’aime, on sait ce qui est bon pour soi et pour ceux qui nous entourent. Parce que si on continue à avancer avec une boussole déglinguée, comment savoir ce que l’on veut et ce qui est important, comment mener tout ce petit monde à bon port? Je te le demande.


En faisant quelques recherches pour écrire cet article, j’ai découvert le travail de Agnès Labbé et son concept d’éducation approximative. Je m’y retrouve parfaitement. M’en veux pas, j’ai juste un an de retard. Ca doit être mon allergie tardive aux réseaux sociaux (en traitement). Merci Agnès, grâce à toi on a maintenant une preuve presque scientifique que nous ne sommes pas seules et folles. Je vais acheter ton bouquin de ce pas. De rien (bisous). 

Raconte-moi tout dans les commentaires: 

  • Tu fais quoi pour stopper l’instinct du sacrifice maternel qui coule dans les veines familiales de mère en fille depuis Charles Quint? 
  • C’est quoi tes principes d’éducation IRL? 
  • C’est quoi tes recettes pour donner un sens au monde qui t’entoure : Une passion? Entreprendre? Netflix à partir de 21h03? La quête spirituelle? Le Zoloft?

Mamapower forever, 

Sois le pigeon (voyageur) de mamapower: aide à diffuser le message <3
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